מזרח תיכון חכם voxnr.com 6.6.2017

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Riyad Vs Doha : Feu de paille ou Guerre ouverte entre les deux «chapelles» d’un puritanisme wahhabî si proche du Takfir… [1]

Il n’y a pas que les bulles boursières qui éclatent. La nouvelle a fini par être traitée à contrecœur & un certain retard par nos media français, tant ceux-ci ont mangé à l’auge ravitaillée à l’or du petit émirat : le Qatar vient de se faire jeter comme un malpropre du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Ce au Motif que les vilains petits Qataris seraient les sponsors d‘Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)1, Al-Qaida & tutti quanti ! Pas vraiment une franche nouveauté, mais alors pourquoi en parler aussi peu, voire pas du tout pour certains ? 1ère Partie.

« Le Qatar, cette entité malfaisante, a été mis au ban par les pays du golfe, l’Arabie Séoudite et l’Égypte pour soutien au terrorisme. Rupture totale, fermeture des frontières, fermeture des espaces aériens (pas bon pour Qatar Airways…) et beaucoup d’hostilité… Les Qataris pourront toujours venir se réfugier en France où ils bénéficient de privilèges fiscaux exorbitants comme, entre autres, la non imposition des plus-values. (…). En attendant, c’est là l’une des premières conséquences directes du voyage de Trump au Moyen-Orient que d’aucuns ont interprété assez légèrement et qui va provoquer de profond changements, d’ordre sismiques, dans la région… et va déconstruire les horreurs provoquées par l’administration Obama ».
Eber Addad

Q. Comment se fait-il que les États-Unis réagissent si peu à la crise qui oppose le Qatar à ses « petits camarades du CCG », comme vous les appelez ?

Jacques Borde. D’abord, je vous rappelle que, pour l’instant, seuls trois membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur six ont signifié au Qatar sa mise à l’index. À ceux-là, s’ajoutent, soyons honnête, le Yémen, la Libye et les… Maldives. Sachant que pour les deux premiers, la disparition de tout pouvoir central limite la portée de la décision.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les Américains croient de plus en plus à une nouvelle donne dans la région. Entre Arabes et Israéliens, il s’entend.

Ainsi, le National Security Adviser, le lieutenant-général Herbert Raymond McMaster2, s’exprimant lors du Forum 2017 de l’American Jewish Committee (AJC), a estimé que les « intérêts communs dans la région créaient une opportunité », dont Israël devrait tirer parti.

« Aujourd’hui, nous observons une réévaluation des relations régionales, particulièrement entre Israël et plusieurs de nos partenaires arabes, tous amis de l’Amérique, mais trop souvent adversaires les uns des autres », a-t-il affirmé. « Aujourd’hui, leurs intérêts convergent. C’est une opportunité ».

Ensuite, l’administration Trump ne se manifeste guère sur ce dossier en raison de ses propres griefs contre le Qatar.

Q. À quoi faites-vous allusion ?

Jacques Borde. Les relations des Qataris avec le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (Hamas)3. Pas vraiment dans les petits papiers de Trump.

L’éditorialiste de Raï al-Youm, Abdel Bari Atwan, rappelle qu’« Au cours de ces six derniers mois, le Qatar a subi de fortes pressions (…) pour avoir accueilli des leaders du Hamas, dont l’ancien chef du bureau politique du mouvement, Khaled Méchaal, ainsi que d’autres hauts responsables comme Moussa Abou Marzouk, Mohamed Nazzal, Izzat al-Rashaq et Saleh al-Arouri, alias Abou Mohammad ». Et de préciser que ce dernier « avait été expulsé du territoire turc, comme un préalable à la réconciliation d’Ankara avec Israël ».

Or, le dossier est loin d’être réglé…

Citant des sources diplomatiques, Atwan rappelle que la rencontre entre Donald J. Trump et l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben-Hamad al-Thani, en marge du Sommet de Riyad, a eu lieu dans un climat assez tendu. Lors de cet aparté, Trump a fait part à son interlocuteur de ses reproches quant à la présence de leaders du Hamas et surtout, des protestations d’Israël à ce sujet.

Donc, guère étonnant que ni Trump ni son Secretary of State, Rex W. Tillerson4, ne se précipitent aux secours des Qaratis dans leur bras de fer avec Riyad…

Q. Mais, ça bouge un peu vis-à-vis du Hamas, non ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. En fait, Cheikh Tamim a fini par lâcher du lest. Hier5, des sources palestiniennes indépendantes ont confirmé que le Qatar a bien demandé à plusieurs responsables du Hamas quitter le pays. Pour la Turquie et la Malaisie croit savoir Ha’Aretz.

Selon Times of Israel, « La liste des responsables du Hamas à qui le Qatar a demandé de quitter son territoire, qui aurait été rédigée à partir des interrogatoires de prisonniers sécuritaires palestiniens en Israël, comprend Saleh al-Arouri, ce dernier serait le commandant militaire du groupe en Cisjordanie et le fondateur de la filiale de Cisjordanie de la branche armée du Hamas »6, les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)7.

Selon Galei Tsahal, Arouri8 serait à présent en Malaisie. En plus d’Arouri, Musa Dudin, libéré de prison dans le cadre de l’accord Shalit, a lui aussi été expulsé du Qatar.

Q. Et, vu d’Israël comment prend-on la crise ?

Jacques Borde. Pour l’instant, je n’ai pas vu passer beaucoup de réactions ? Rien de bien marquant, je veux dire ? Mais je pense que du côté de Jérusalem on doit boire du petit lait. Voir le camp arabe divisé ne doit pas faire pleurer beaucoup de monde. En plus, autant rester pragmatique…

Q. Jusqu’à quel point ?

Jacques Borde. Cela dépend. Vous avez même Eli Avidar9, qui a été émissaire d’Israël au Qatar, qui, interrogé par le Yediot Aharonot, estime qu’« Israël doit profiter de la rupture des relations des pays arabes avec le Qatar pour établir de proches relations diplomatiques avec Doha ».

Q. Malgré les relations entre Doha et le Hamas ?

Jacques Borde. Pas malgré, à cause justement ! Car argumente Eli Avidar « Personne ne peut nier l’existence de fortes relations entre le Hamas et le Qatar. Si nous établissons des relations diplomatiques avec le Qatar, Doha sera mené à faire pression sur le Hamas pour qu’il ne mette pas en danger la sécurité d’Israël ».

L’Orient compliqué, encore et toujours…

Q. À lire ce que disent les Séoudiens, ce qui est aussi reproché à Doha, c’est de ne plus être tout à fait dans le même camp que Riyad, vis-à-vis de Téhéran et de Damas ?

Jacques Borde. Il y a de ça aussi. Selon les Séoudiens, Doha soutiendrait aussi « les activités de groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif (est) ». C’est-à-dire là où se concentre la minorité chî’îte du Royaume. Et, plus agaçant du point de vue des Séoudiens : pas mal de… pétrole !

Quant à Bahreïn, il est secoué depuis plusieurs années par des troubles entre la minorité sunni au pouvoir et la majorité chî’îte.

Q. Diriez-vous qu’il y une spécificité à la position du Qatar par rapport à la question du terrorisme ?

Jacques Borde. Une spécificité, oui, mais forcément celle que l’on croit généralement…

Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Les Qataris, indépendamment de tout ce dont les accusent leurs petits camarades du CCG, ont une position beaucoup plus nuancée que Riyad vis-à-vis de Damas et de Moscou.

Ainsi, à en croire l’ambassadeur du Qatar en Russie, Fahad Bin-Mohammed al-Attiya, interrogé en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), les divergences entre Doha et Moscou n’existeraient que dans les moyens de la réalisation des initiatives de paix.

Et d’ajouter que « La Russie est un acteur important dans la question syrienne et son rôle sera décisif dans la résolution du conflit. Nous sommes d’accord avec les Russes sur de nombreux points du dossier syrien ».

Al-Attiya d’insister sur le fait que la Russie et le Qatar se soutenaient sur des questions comme « l’intégrité territoriale » et le « pluralisme religieux » en Syrie. « Les différences de points de vue sont liées aux méthodes de réalisation des objectifs et à la mise en œuvre des dispositions. Nous coopérons et dialoguons constamment avec la direction politique de la Russie pour résoudre le conflit syrien le plus tôt possible ».

Q. Mais que gagne Riyad à cette crise ?

Jacques Borde. C’est un peu le problème qui fâche. Beaucoup se posent, en fait, la question.

Ainsi, si l’on en croit Stanislav Tarassov, spécialiste du Proche-Orient et du Caucase, interrogé par nos estimés confrères de Sputnik, « C’est la première crise de la coalition que Riyad a essayé de créer pendant la visite de Trump en Arabie Séoudite et sa rencontre avec les participants d’un sommet arabo-musulman lors duquel la création d’un Otan du Golfe, d’une sorte d’ ‘Otan sunnite’, a été proclamée (…) . Les raisons n’en sont pas tout à fait évidentes, car cette coalition a pour premier objectif de s’opposer à l’Iran »10.

Selon Tarassov, les causes de la rupture avec le Qatar sont beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît.

En effet, dit-il « On observe à présent en Syrie une stabilisation relative de la situation en faveur des forces gouvernementales et de Damas, qui est soutenu y compris par l’Iran. Au Yémen, les combats se poursuivent et les insurgés, qui bénéficient des sympathies de l’Iran, luttent contre la coalition arabe conduite par l’Arabie Séoudite »11.

Q. Quel serait le scenario du pire pour Riyad ?

Jacques Borde. L’hypothèse soulevée par Stanislav Tarassov. Que le Qatar change de camp et participe au règlement de la crise syrienne, en soutenant la position de Téhéran.

Autre pire (sic) possible, j’ajouterai que, perdu pour perdu, Doha pourrait aussi rejoindre Téhéran dans son soutien aux Houthis. Mais nous n’en sommes pas là. Pas encore !

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